fil de laine 
2009 - 2010

 



Il est dit dans "Histoire de peinture" de Daniel Arasse que la première apparition, selon Erwin Panofsky, d'une perspective monofocale centralisée dans la peinture serait la scène de l'Annonciation peinte par Ambrogio Lorenzetti en 1344. 

Dans l'Annonciation, la perspective est utilisée pour montrer ce qu'il n'est pas possible de représenter, l'Incarnation. Elle permet aussi de figurer l'histoire visible de l'Annonciation, l'ange Gabriel et la vierge Marie se parlant. Tous les éléments iconographiques de cette scène sont mis en perspective, la colonne, figure connue de la divinité, reste central et c'est pour cela que Lorenzetti autant que Del Cossa choisissent d'y placer leur point de fuite. Et c'est là précisément que "Dieu vient dans l'homme, l'éternité vient dans le temps, le créateur dans sa créature, l'artiste dans son oeuvre"(Arasse). C'est ainsi que l'a représenté Lorenzetti , la colonne se matérialisant, de la parole de Gabriel, Dieu féconde la vierge Marie, "car rien n'est impossible à Dieu qui est tout verbe", le haut de la colonne échappant à la perspective, le bas prend forme et s'intègre à la perspective pour devenir la concrétisation de la présence du fils de Dieu sur terre, l'Incarnation.

Fabriquer une image tridimensionnelle en fils de laine oblige à choisir un seul point de vue dans l'espace d'exposition. Ce point de vue offre à voir un dessin en perspective. Le dessin part du mur et s'incarne dans l'espace d'exposition produisant une forme. Lorsque Lorenzetti montre l'Incarnation par la matérialisation de la colonne dans la perspective, le dessin tridimensionnel va se matérialiser pour investir l'espace.
Ce processus mis en oeuvre, le dessin d'un espace en perspective apparait lorsque l'on se place sur le point de vue de construction, le spectateur se fige.
Lorsque l'on déambule, le dessin initial se déconstruit et les volumes sont de plus en plus abstrait à mesure que l'on tourne autour.